Interviews à la radio et à la télévision

en collaboration avec Nouvelle Cité

 

   

Entretien de 12 minutes avec Thierry Guerrier le 25 décembre 2008

 

"A 20 ans", se rappelle-t-il, "j’étais le parfait consommateur occidental. Je viens d’une famille aisée. Je suis citoyen franco-américain. Je réussis bien mes études (mais alors que) j’ai tout, pourtant, il me manque quelque chose, et c’est la découverte de la prière qui finalement m’a comblé. Alors, comment expliquer cela ? C’est très difficile. Je dis simplement que Dieu est venu."

"J’étais frustré, je fais cette expérience spirituelle, je suis comblé et en bon fils de Descartes, je cherche à savoir si tout cela était simplement une illusion psychologique. Donc à partir de là, j’ai commencé à lire des livres sur la religion et je me suis rendu compte que j’étais complètement ignare. Je savais tout du système international mais je ne savais rien de ma propre tradition chrétienne. J’ai lu sur le christianisme, le judaïsme, l’islam, les grandes traditions."

Parallèlement, "je réussis brillamment mes études, je rentre dans les salles de marchés où, à l’époque on manque de spécialistes. Très rapidement, je gagne beaucoup d’argent. J’ai Meryl Lynch qui m’appelle pratiquement tous les jours, à la fin, et je me repose les questions que je m’étais posé, c’est-à-dire : ’Est-ce que je suis appelé à reproduire simplement la vie sociale de mes parents ?’.

Mon père était banquier, mes parents étaient un couple heureux donc, est-ce que moi, je suis appelé à vivre cette vie-là ou est-ce que je suis appelé à une vocation particulière, puisque je découvre que chez les chrétiens, il y a aussi des moins, des prêtres, des gens qui choisissent de ne pas se marier ou qui renonce à une carrière professionnel."

"En 1989, je quitte la banque" et curieusement, "j’ai eu une vision très simple matériellement. Je me suis vu à Marseille. Je ne connaissais personne à Marseille, je n’étais jamais allé à Marseille". Mais dans un premier temps, "je vais dans un monastère en Haute-Savoie, traditionnel, que je suis obligé de quitter", parce que "je n’ai pas assez de sommeil. Le responsable de la communauté me dit alors : ‘Tu m’as parlé de Marseille quand tu es arrivé, il faut aller vérifier si tu ne devrais pas être présent dans ce milieu des banlieues’. Ainsi, j’ai terminé à Marseille par un concours de circonstances".

L’idée, "quand on s’est installés en 1997 dans les quartiers Nord, c’était de vivre une vie monastique, une vie de prières vécue avec des gens simples, des gens qui a priori sont plutôt des gens repoussés par la société. Les gens cherchent à aller d’un quartier à un autre, vers le plus riche. Est-ce que l’on ne pourrait pas inverser la situation et au lieu de parler simplement de la mixité sociale et de la mobilité sociale, la vivre".

A notre arrivée, "nos voisins nous ont demandé : ’Mais qu’est-ce que vous faites ?’ Et nous, nous leur avons répondu : ’Les moines ne font rien de spécial. Ils prient, ils travaillent et ils accueillent’. Les gens sont venus, ils avaient besoin de différentes choses en particulier, les jeunes avaient du mal à réussir à l’école, et voilà qu’ils se rendaient compte que nous nous savions lire et écrire..."

Aujourd’hui, "on est une petite communauté de quatre frères avec une soixantaine de bénévoles (...) Nous avons à peu près quatre-vingt personnes chez nous, le soir, pour faire de l’accompagnement scolaire, ce qui est l’occasion aussi pour des jeunes de différents univers de se retrouver."

Ceci "est une goutte d’eau mais c’est de l’eau véritable. Vous pouvez asperger les gens de différentes choses, d’argent par exemple ; vous ne les rendez pas forcément heureux mais l’eau, cela désaltère."

"Ce qui me révolte ? C’est que l’on est dans un monde qui est un jeu de chaise musical. En France, il y a une forte ségrégation territoriale. A l’échelle du monde, c’est pareil : il y a des pays riches et des pays pauvres."

 

Henry Quinson

Age : 47 ans
Fonction actuelle : membre fondateur de la fraternité Saint-Paul

Son parcours en quelques dates :

  • 8 mars 1961 : Henry Quinson voit le jour à Neuilly-sur-Seine. Franco-américain par ses parents, il partage son enfance entre New York, Bruxelles et Paris.
  • 1985 : ancien de l’école Saint-Jean, de Passy, diplômé en sciences économiques de l’université Panthéon-Sorbonne et Sciences-Po Paris, il devient trader à la salle des marchés de ce qui deviendra la banque Indosuez. Un poste qui l’amènera à suivre une formation à Wall Street.
  • 1989 : Golden boy, il est approché par la banque d’affaires américaine Merrill Lynch, dont il refuse l’offre pour rejoindre le monastère de Tamié, en Savoie, avant d’étudier la théologie à la faculté catholique de Strasbourg.
  • 1995 : il emménage dans les quartiers nord e Marseille, où il fonde, deux ans plus tard, avec Karim De Broucker, la fraternité Saint-Paul, une petite communauté de prière et de travail en cité HLM de la ville.
  • 2007 : devenu professeur d’anglais et de lettres-langues à mi-temps dan un lycée et après avoir traduit Passion pour l’Algérie de John Kiser, il publie son premier ouvrage,Prier 15 jours avec Christophe Lebreton, puis son autobiographie à succès, Moine des cités, De Wall Street aux Quartiers Nord de Marseille.


Livre
- Moine des citésMoine des cités
Henry Quinson
Ed. Nouvelle cité, février 2008

Sites web
- Henry Quinson

- France 5
"Chez F-OG : Henry Quinson"