Interviews à la radio et à la télévision

en collaboration avec Nouvelle Cité

 

   

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L'Esprit des Lettres

Réactions

F. W. : Des différentes sortes de moines

"Merci à Henry Quinson pour ce monachisme humble et concret, qui contraste avec la posture 'ultra' et 'pseudo' spirituelle que Jean-François Colosimo prétend, non pas incarner, mais énoncer. Ce type de posture est très dommageable à la présentation de la vie spirituelle chrétienne : les moines ne sont pas des gens extraordinaires qui vivent la foi 'brute' et dans un abîme, quand les autres croyants sont dans l'utilitaire et la vie justifiée par ses occupations et ses fonctions. Tout croyant éprouve, à sa façon, dans sa vie quelle qu'elle soit, l'inutilité radicale de son existence, qui n'est sauvée que par Dieu, qui n'est sauvée qu'en étant perdue pour ici, car donnée. Si le Christ n'est pas venu 'dire' cela, qu'est-il venu dire d'autre ? Et il n'est pas venu le dire seulement aux 'moines inutiles' (selon le mot de M. Colosimo). Des moines tellement spirituels qu'ils sont aussi, au passage, riches, tranquillement installés dans un lieu chauffé, avec une table abondante et souvent (en tout cas dans la nouvelle Russie par exemple) reconnus socialement. Bref, M. Colosimo fait un 'bon mot' spirituel en critiquant l'utilisation du terme 'moine' pour décrire la vie en HLM d'Henry Quinson, tout en condescendant à reconnaître qu'il est un 'brave gars'. Je pense que plus d'un soir, plus d'une aube, dans la prière qui monte du logement modeste de la Fraternité Saint Paul, Henry Quinson a dû se trouver bien nu devant Dieu, et que si quelqu'un sur ce plateau de télévision pouvait dire, ou ressentir cette inutilité / essentialité de la prière en rupture avec l'ordre du monde, c'est bien lui. Car l'explication de son parcours ne vise pas, me semble-t-il, à 'justifier' ce qu'il vit, et pourquoi la prière de la Fraternité Saint Paul s'articule effectivement avec cette forme de vie. Elle cherche plutôt à témoigner que la fraternité, toute fraternité, est en soi un dénuement qui conduit à l'autre et à Dieu inséparablement. Le récit d'Henry Quinson est un appel pour que toute fraternité se vive concrètement, partout, par un exempla à la suite de Jésus Christ, Emmanuel, Dieu-avec-nous."

Réponse d'Henry Quinson : Merci pour ces encouragements. Jean-François Colosimo défend une vision idéalisée de la vie monastique qui est très répandue. Mais la vie de "pur silence" qu'il évoque de manière lyrique n'a jamais existé qu'en littérature. Il vaut mieux partir d'une description concrète et historique des diverses formes réelles de la vie monastique pour en comprendre le charisme profond qui est le célibat vécu dans un lieu en rupture avec la mondanité sociale et / ou ecclésiale. A ce titre, notre cité HLM n'est pas un "désert spirituel métaphorique" mais bien un territoire où la Poste ne livre pas les colis et où aucune église n'a été construite depuis 1962. Dieu reconnaîtra les moines qui vivent sa kénose ! En fait, il y a toujours eu des moines dans divers endroits : les déserts, la campagne, les villes et les faubourgs. Bernard Sesboué, bon connaisseur de Basile de Césarée, ne s'y est pas trompé.

H. I. : Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans

"Natif des quartiers nord de Marseille, j'apprécie que des hommes de Dieu existent encore dans ces milieux hétéroclites, au moins pour le bon exemple. Qu'Henry Quinson soit béni pour ce qu'il fait pour ses frères, même d'autres 'législations' ! Par contre, là ou j'aurais besoin d'un éclaircissement, c'est la phrase où il dit en substance : 'le Dieu des musulmans n'est pas le Dieu des chrétiens'. Y aurait-il plusieurs dieux ?"

Réponse d'Henry Quinson : Merci pour cette bénédiction. La question posée fait allusion à deux phrases très précises de cette émission : "Le Dieu des chrétiens et le Dieu des musulmans, si on en fait une description théologique, n'est pas le même" et "Nous ne partageons pas forcément les mêmes représentations de Dieu". Le téléspectateur constatera qu'il n'est pas question de "plusieurs dieux" (ce qui serait contraire aux traditions juive et catholique, ainsi qu'à celle de l'islam évidemment). Mais il existe plusieurs "descriptions" et "représentations" de Dieu. L'Emir Abdelkader ne disait pas autre chose dans ses Ecrits spirituels : "Nul ne connaît Dieu sous tous Ses aspects. […] Chacune de Ses créatures L’adore et Le connaît sous un certain rapport et L’ignore sous un autre" (Seuil, 1982, p. 129). Personne n'affirme que "le Dieu des musulmans n'est pas le Dieu des chrétiens" : il n'y a qu'un seul Dieu. Mais la vraie question porte sur son essence, ou au moins sur ses attributs ou sa relation avec nous. Là, il y a débat entre différentes confessions religieuses et à l'intérieur même de ces confessions. Mieux encore, on peut rester catholique tout en ayant changé sa vision de Dieu par rapport à celle de son enfance ! Dans la tradition biblique, Dieu se fait connaître progressivement par des alliances successives. Dieu est plus grand que nous. Nous lui devons la vie biologique mais il veut également nous communiquer son Esprit. De ce fait, il ne peut être connu qu'imparfaitement mais de manière de plus en plus précise et intime au fur et à mesure que nous acceptons, avec humilité et raison, sa Révélation. Pour les chrétiens "Dieu est Amour" (1 Jn 4, 16) et ceux qui aiment leurs prochains connaissent Dieu : "Si quelqu'un dit: 'J'aime Dieu', et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur. En effet, s'il n'aime pas son frère qu'il voit, il ne peut pas aimer Dieu qu'il ne voit pas. Voici donc le commandement que le Christ nous a donné: celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère" (1 Jean 4, 16-21). Tous ceux qui croient cela ont alors la même représentation de Dieu et en vivent pour le plus grand bonheur de leurs frères humains, quels qu'il soient.